En amont de la Casamance, quelques Peuls adonnés à l'élevage et pratiquant des transhumances saisonnières, n'ont pas encore oublié leurs vieux cultes de la vache sacrée et du serpent fécondateur, bien qu'ils se prosternent quotidiennement sur leurs peaux de moutons, en direction de la Mecque.
D'archaïques divinités atmosphériques, dont la foudre annonciatrice de la pluie vivifiante est symbolisée par le grand Phyton céleste, l'arc-en-ciel, ont réussi à survivre ainsi chez le berger Peul, enfant vagabond des savanes et des steppes.
Dans son ensemble, la République de Guinée est soumise à une constante et effective action du Coran. Des institutions d'initiation qui comportent l'emploi du masque rituel se sont maintenues.
Tout au long des territoires de Sierra Leone, du Libéria, de la Côte d'Ivoire, du Ghana, du Togo, et du Bénin, les régions situées près du Golfe de Guinée sont aujourd'hui dominées par les mouvements syncrétiques, résultat du conflit qui oppose les cultes locaux affaiblis aux attaques du dogme chrétien : c'est la zone par excellence où les guérisseurs inspirés revêtent l'habit de prophète et fondent des églises séparatistes éphémères ou durables.
Dans les villages, le « fétichisme » n'est pas mort et il est plus vivant encore dans les forêts habitées par les Krou, Bété, les Guéré Dan, et aussi dans les savanes éburnéennes où les Baoulé, les Gourou, les Yaouré et bien d'autres montrent un très faible penchant aussi bien pour le Christianisme que pour l'Islam. Les Sénoufo, les Manianka, et surtout les Bambara sont les exemples les plus typiques des cultes traditionnels par la contamination.
Le cas du Burkina Faso constitue une exception. Néanmoins, comme d'ordinaire les couches populaires Mossi, Bobo, Gourounsi et Libi demeurent fidèles aux pratiques du passé.
La situation dans toute l'Afrique Equatoriale et Centrale est sans doute trop complexe pour s'en arrêter aux détails ; elle peut se résumer comme une sorte d'incessantes guérillas que mènent les différentes formations religieuses locales, mal organisées mais ancrées dans la routine de tous les jours.
Et le Cameroun, le Gabon, le Congo, la république Centrafricaine, le Rwanda et le Burundi sont sérieusement entamés parfois non sans brutalités aux pratiques ancestrales.
La pensée théologique de la vieille Afrique connaît-elle la conception d'un dieu suprême unique ou est-elle dominée par l'idée de pluralité divine fondamentale ?
Il semble bien, au demeurant, que la discussion s'échelonne sur deux niveaux différents de compréhension, l'un plus élevé, envisageant la question sous un angle uniquement spéculatif et l'autre, accessible à tout vulgaire, caractérisé par la tendance à humaniser les figures transcendantes pour mieux les appréhender et aussi, leur confier des rôles d'acteurs dans les narrations sacrées.
Dans la majorité des systèmes de pensées traditionnels, en effet, le rôle qui revient au verbe, à la parole créatrice, est fondamental et cela s'explique d'autant plus aisément que ces deux concepts glissent aussitôt dans le domaine des forces dynamiques, prêtes à agir sur les destinées humaines.
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